Comment déterminer un équivalent d’une suite ?
Les questions fondamentales pour choisir la bonne méthode rapidement.
La recherche d’équivalents est une compétence incontournable : elle intervient dans de très nombreuses situations, notamment pour le calcul de limites, l’étude de la nature d’une série ou encore les comparaisons d’ordres de grandeur.
La bonne stratégie est de se poser toujours les mêmes questions, dans le bon ordre : équivalents usuels, terme prépondérant, développement limité, puis éventuellement comparaison somme–intégrale.
Les questions réflexes
Avant de commencer les calculs, il faut adopter une démarche méthodique : on analyse la structure de \(u_n\) en se posant les questions dans le bon ordre, ce qui permet d’éviter de perdre du temps dans des calculs inadaptés.
L’équivalent est-il suggéré ?
Démarche
Lorsque l’équivalent attendu est clairement suggéré, la stratégie la plus efficace consiste à viser directement la définition.
Si l’on souhaite établir \(u_n \sim v_n\) et si la suite \((v_n)\) ne s’annule pas (au moins à partir d’un certain rang), il suffit de prouver que :
\[ \lim_{n\to +\infty} \frac{u_n}{v_n}=1 \]
Erreur classique.
Oublier de vérifier que le quotient \(\dfrac{u_n}{v_n}\) est bien défini, c’est-à-dire que \(v_n\neq 0\) à partir d’un certain rang.
Suites équivalentes
Soit \( u \) et \( v \) deux suites réelles.
- On dit que \(u_n \sim v_n\) lorsque \(n\to +\infty\) s’il existe une suite \((h_n)\) telle que, à partir d’un certain rang :
\[ u_n=v_n h_n \]
et :
\[ \lim_{n\to +\infty} h_n=1 \]
- Si \((v_n)\) ne s’annule pas à partir d’un certain rang, alors :
\[ u_n \sim v_n \iff \lim_{n\to +\infty}\frac{u_n}{v_n}=1 \]
Exemple
Soit \((u_n)_{n\in\mathbb{N}^*}\) une suite vérifiant :
\[ \forall n\in\mathbb{N}^*,\ \frac{1}{2(n+1)}\leqslant u_n \leqslant \frac{1}{2n} \]
Montrer que :
\[ u_n \sim \frac{1}{2n} \]
On pose \(v_n=\dfrac{1}{2n}\), qui ne s’annule pas pour \(n\in\mathbb{N}^*\). On peut donc étudier le quotient \(\dfrac{u_n}{v_n}\).
En multipliant l’encadrement par \(2n>0\), on obtient :
\[ \forall n\in\mathbb{N}^*,\ \frac{n}{n+1}\leqslant 2n u_n \leqslant 1 \]
Or :
\[ \lim_{n\to +\infty}\frac{n}{n+1}=1 \]
Par encadrement :
\[ \lim_{n\to +\infty} 2n u_n = 1 \]
Donc :
\[ \lim_{n\to +\infty}\frac{u_n}{\frac{1}{2n}}=1 \]
et finalement :
\[ u_n \sim \frac{1}{2n} \]
Peut-on utiliser des équivalents classiques ?
Démarche
Le premier réflexe à avoir lorsqu’on cherche un équivalent d’une suite est de vérifier si l’on peut utiliser un équivalent usuel.
Très souvent, on peut écrire \(u_n\) sous la forme \(f(v_n)\), où \((v_n)\) est une suite qui converge vers \(0\), et où \(f\) est une fonction dont on connaît un équivalent en \(0\).
Par exemple, si \(u_n=\mathrm{e}^{1/n}-1\), on peut utiliser l’équivalent usuel :
\[ \mathrm{e}^x-1 \underset{x \to 0}{\sim} x \]
Avec \(x=\dfrac{1}{n}\), qui tend bien vers \(0\). On obtient alors :
\[ u_n \sim \frac{1}{n} \]
Erreur classique.
Utiliser un équivalent usuel dans un contexte où les opérations ne le permettent pas (notamment dans une somme, une composition ou une différence de deux termes équivalents).
Équivalents usuels à connaître
| Quand \(x\to 0\) | Équivalent |
|---|---|
| \(\ln(1+x)\) | \(x\) |
| \(\mathrm{e}^x-1\) | \(x\) |
| \(\sin x\) | \(x\) |
| \(1-\cos x\) | \(\dfrac{x^2}{2}\) |
| \(\sqrt{1+x}-1\) | \(\dfrac{x}{2}\) |
| \((1+x)^\alpha-1\) | \(\alpha x\) |
Exemple
Déterminer un équivalent de
\[ u_n=\frac{\mathrm{e}^{\frac{2}{n}}-1}{\ln(n+1)-\ln(n)} \]
Lorsque \(n\to +\infty\), on commence par étudier séparément le numérateur et le dénominateur.
- Au numérateur, on pose \(x_n=\dfrac{2}{n}\). On a alors \(x_n\to 0\). Or :
\[ \mathrm{e}^x-1 \underset{x \to 0}{\sim} x \]
Donc :
\[ \mathrm{e}^{\frac{2}{n}}-1 \sim \frac{2}{n} \]
- Au dénominateur, on écrit :
\[ \forall n \in \mathbb{N}^*,\ \ln(n+1)-\ln(n) =\ln\left( \frac{n+1}{n}\right) =\ln\left(1+\frac{1}{n}\right) \]
On pose alors \(y_n=\dfrac{1}{n}\), avec \(y_n\to 0\). Or :
\[ \ln(1+x) \underset{x \to 0}{\sim} x \]
Donc :
\[ \ln(n+1)-\ln(n) \sim \frac{1}{n} \]
On en déduit (l'équivalence étant compatible avec la division) :
\[ u_n \sim \frac{\frac{2}{n}}{\frac{1}{n}} = 2 \]
Peut-on factoriser un terme prépondérant ?
Démarche
Si \(u_n\) est une somme de plusieurs termes, on ne peut en général pas utiliser directement les équivalents usuels, car on ne peut pas sommer des équivalents.
Dans ce cas, il est souvent utile de commencer par comparer les différents termes de la somme afin de déterminer si l’un d’entre eux est prépondérant lorsque \(n \to +\infty\).
Lorsqu’un terme domine les autres, on le factorise. On obtient alors une écriture de la forme :
\[ u_n = v_n \times w_n \]
La suite \((v_n)\) correspond au terme prépondérant, et la suite \((w_n)\) a en général une limite simple à déterminer et non nulle. On obtient alors facilement un équivalent de \(u_n\).
Croissances comparées
| Quand \(n \to +\infty\) | Ordre de croissance |
|---|---|
| \(\ln(n)\) | croît plus lentement que toute puissance positive de \(n\) |
| \(n^\alpha\) avec \(\alpha>0\) | croît plus lentement \( e^n \) |
| \(n^\alpha\) avec \(\alpha>0\) | croît plus lentement que \(a^n\) pour tout \(a>1\) |
| \(a^n\) avec \(a>1\) | croît plus lentement que \(n!\) |
On retient la hiérarchie suivante :
\[ \ln(n) \ll n^\alpha \ll a^n \ll n! \]
Point méthode. Pour déterminer un équivalent d’une somme, on compare les termes en utilisant ces croissances afin d’identifier le terme dominant.
Exemple
Déterminer un équivalent de
\[ u_n = n\,e^{-n} + n^2 + n\sqrt{n^3} + 1 \]
On compare les différents termes lorsque \(n \to +\infty\) et on remarque que \( n^2 \) est le terme prépondérant d'après les croissances comparées usuelles. On factorise donc, pour obtenir
\[ \forall n \in \mathbb{N}^*,\ u_n = n^2 \left( \frac{1}{n\, e^n + 1 + \frac{1}{\sqrt{n}} + \frac{1}{n^2}\right) \]
Or :
\[ \lim_{n \to + \infty} \left( \frac{1}{n\, e^n + 1 + \frac{1}{\sqrt{n}} + \frac{1}{n^2}\right) = 1 \]
Donc :
\[ u_n \sim n^2 \]
Peut-on utiliser un développement limité ?
Démarche
Si une fonction usuelle apparaît avec un argument qui tend vers \(0\), on peut utiliser un développement limité pour obtenir un équivalent plus fin.
On commence par écrire l’expression sous une forme adaptée, puis on remplace par le DL au bon ordre, et on simplifie.
Erreur classique. Utiliser un DL sans préciser l’ordre du reste (le \(o(\cdot)\)).
Développements limités usuels en 0
| Quand \(x \to 0\) | Développement limité |
|---|---|
| \(\ln(1+x)\) | \(x-\dfrac{x^2}{2}+o(x^2)\) |
| \(\mathrm{e}^x\) | \(1+x+\dfrac{x^2}{2}+o(x^2)\) |
| \(\sqrt{1+x}\) | \(1+\dfrac{x}{2}+o(x)\) |
| \(\cos x\) | \(1-\dfrac{x^2}{2}+\dfrac{x^4}{24}+o(x^4)\) |
| \(\sin x\) | \(x-\dfrac{x^3}{6}+o(x^3)\) |
Exemple
Étudier un équivalent de
\[ u_n=\ln\! \left(1+\frac{2}{n}\right)-\frac{2}{n} \]
On remarque que l’on connaît l’équivalent usuel :
\[ \ln(1+x) \underset{x\to 0}{\sim} x \]
Cependant, cet équivalent ne peut pas être utilisé directement ici, car on ne peut pas soustraire des équivalents. Il est donc nécessaire d’utiliser un développement limité.
On pose :
\[ x_n=\frac{2}{n} \]
On a \(x_n \to 0\). On utilise alors le développement limité en \(0\) :
\[ \ln(1+x)=x-\frac{x^2}{2}+o(x^2) \]
Donc :
\[ \ln\! \left(1+\frac{2}{n}\right)=\frac{2}{n}-\frac{1}{2}\left(\frac{2}{n}\right)^2+o\!\left(\frac{1}{n^2}\right) \]
On en déduit :
\[ u_n=-\frac{1}{2}\left(\frac{2}{n}\right)^2+o\!\left(\frac{1}{n^2}\right) \]
Donc :
\[ u_n \sim -\frac{2}{n^2} \]
La suite est-elle de la forme \(u_n=\sum_{k=p}^{n} f(k)\) ?
Démarche
Lorsque la suite s’écrit sous la forme :
\[ u_n=\displaystyle\sum_{k=p}^{n} f(k) \]
on peut parfois obtenir un équivalent en comparant la somme à une intégrale.
Cette méthode est particulièrement efficace lorsque \(f\) est continue, positive et croissante sur \(\mathbb{R}_+\), mais fonctionne aussi souvent lorsque \( f \) est décroissante. L’idée, basée sur la méthode des rectangles, est alors que la somme se comporte comme l’aire sous la courbe représentative de \(f\).
On procède alors de la manière suivante :
- On utilise la croissance de \(f\) pour remarquer que : \[ \forall k \in \mathbb{N}^*,\ \forall t \in [k,k+1],\ f(k) \leqslant f(t) \leqslant f(k+1). \]
- On intègre des fonctions continues sur \([k,k+1]\), ce qui donne : \[ \forall k \in \mathbb{N}^*,\ f(k) \leqslant \int_k^{k+1} f(t)\,\mathrm{d}t \leqslant f(k+1). \]
- En sommant ces inégalités et en utilisant la relation de Chasles, on obtient : \[ \forall n \in \mathbb{N}^*,\ \int_1^{n} f(t)\,\mathrm{d}t \le \sum_{k=1}^{n} f(k) \le \int_2^{n+1} f(t)\,\mathrm{d}t. \]
- On calcule alors les intégrales \( \displaystyle \int_1^{n} f(t)\,\mathrm{d}t \) et \( \displaystyle \int_2^{n+1} f(t)\,\mathrm{d}t \) ; si ces deux intégrales sont équivalentes à une même suite \( v \) strictement positive (ce qui sera le plus souvent le cas), on divise alors par \( v_n \) pour conclure à l'aide du théorème de l'encadrement \[ u_n \sim v_n \]
- Cette méthode est le plus souvent guidée, mais elle est suffisamment classique pour qu’il soit utile de la maîtriser.
- Elle fonctionne aussi parfois (mais pas toujours) lorsque \(f\) est décroissante.
Dans ce cas, on en déduit généralement :
\[ \sum_{k=1}^{n} f(k) \sim \int_1^{n} f(t)\,\mathrm{d}t. \]
Comparaison somme–intégrale
Si \(f\) est positive et décroissante sur \([1,+\infty[\), alors pour tout \(n\geqslant 1\) :
\[\int_1^{n+1} f(x)\,\mathrm{d}x\leqslant \sum_{k=1}^{n} f(k)\leqslant f(1)+\int_1^{n} f(x)\,\mathrm{d}x\]
En particulier, \(\sum_{k=1}^{n} f(k)\) est du même ordre que \(\int_1^n f(x)\,\mathrm{d}x\).
Exemple
Déterminer un équivalent de la suite \( u \) définie par :
\[ \forall n \in \mathbb{N}^*,\ u_n=\sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k}. \]
On a :
\[ \forall n \in \mathbb{N}^*,\ u_n=\sum_{k=1}^{n} f(k) \]
avec :
\[ f : t \mapsto \frac{1}{t}. \]
On travaille sur \([1,+\infty[\). La fonction \(f\) est continue et positive sur cet intervalle. De plus, pour tout \(t>0\), on a :
\[ f'(t)=-\frac{1}{t^2}<0, \]
donc \(f\) est décroissante sur \([1,+\infty[\).
On peut alors utiliser la comparaison somme–intégrale.
On utilise la monotonie de \(f\) : pour tout \(k\in \mathbb{N}^*\) et tout \(t\in[k,k+1]\), on a :
\[ f(k+1)\leqslant f(t)\leqslant f(k). \]
Par croissance de l’intégration, on en déduit, les fonctions étant continues sur \( [k,k+1] \), avec \( k \leqslant k+1\) :
\[ \forall k\in \mathbb{N}^*,\ f(k+1)\leqslant \int_k^{k+1} f(t)\,\mathrm{d}t \leqslant f(k). \]
Comme \(u_k=f(k)\), on obtient :
\[ \forall k\geqslant 2,\ \int_k^{k+1} \frac{1}{t}\,\mathrm{d}t \leqslant \frac{1}{k} \leqslant \int_{k-1}^{k} \frac{1}{t}\,\mathrm{d}t. \]
En sommant ces inégalités de \(k=2\) à \(n\) et en utilisant la relation de Chasles, on obtient :
\[ \forall n\geqslant 2,\ \int_2^{n+1} \frac{1}{t}\,\mathrm{d}t \le \sum_{k=2}^{n} \frac{1}{k} \le \int_1^{n} \frac{1}{t}\,\mathrm{d}t. \]
Or :
\[ \forall n\geqslant 2,\quad \ln(n+1)=\ln(n)+\ln\!\left(1+\frac{1}{n}\right). \]
En divisant l’encadrement précédent par \(\ln(n)>0\), on obtient :
\[ \forall n\geqslant 2,\quad \frac{\ln(n)+\ln\!\left(1+\frac{1}{n}\right)-\ln(2)+1}{\ln(n)} \le \frac{u_n}{\ln(n)} \le \frac{\ln(n)+1}{\ln(n)}. \]
On étudie alors les deux bornes.
D’une part :
\[ \frac{\ln(n)+1}{\ln(n)}=1+\frac{1}{\ln(n)} \longrightarrow 1. \]
D’autre part :
\[ \frac{\ln(n)+\ln\!\left(1+\frac{1}{n}\right)-\ln(2)+1}{\ln(n)} = 1+\frac{\ln\!\left(1+\frac{1}{n}\right)-\ln(2)+1}{\ln(n)}. \]
Or \(\ln\!\left(1+\frac{1}{n}\right)\to 0\) et \(\ln(n)\to +\infty\), donc :
\[ \frac{\ln\!\left(1+\frac{1