Comment savoir si une matrice est diagonalisable ?
Les critères essentiels pour décider rapidement.
Le programme de mathématiques appliquées sur le chapitre Diagonalisation est volontairement très limité.
Si l’on souhaite s’en tenir strictement et rigoureusement au programme, seules les trois premières méthodes proposées dans cette page permettent de justifier sans ambiguïté qu’une matrice est diagonalisable.
Les deux dernières méthodes sont néanmoins présentées comme des solutions de facilité, destinées aux étudiants qui rencontreraient des difficultés avec la troisième méthode. Elles doivent être utilisées en connaissance de cause : bien que souvent efficaces et plus rapides, elles ne sont a priori pas exigibles et pourraient être sanctionnées aux concours.
Les questions réflexes
Pour savoir si une matrice est diagonalisable, il est essentiel de se poser les bonnes questions, dans le bon ordre.
La matrice \( A \) est-elle symétrique ?
Démarche
On commence par vérifier si la matrice \(A\) est symétrique.
Si \(A\) est symétrique, alors \(A\) est diagonalisable sur \(\mathbb{R}\).
Ce critère permet de conclure immédiatement, sans calcul de valeurs propres ni de sous-espaces propres.
Erreur classique
Oublier de tester la symétrie et se lancer dans des calculs inutiles.
Matrice symétrique
Si \(A\in\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) est une matrice symétrique, c’est-à-dire si \({}^t A=A\), alors \(A\) est diagonalisable sur \(\mathbb{R}\).
Autrement dit, il existe une base de \(\mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R})\) formée de vecteurs propres de \(A\).
Exemple
On considère la matrice \[ A=\begin{pmatrix}2&1&0\\1&3&-1\\0&-1&4\end{pmatrix}. \]
La matrice \(A\) est une matrice symétrique de \mathcal{M}_3(\mathbb{R}), car \({}^t A=A\).
On en déduit que \(A\) est diagonalisable sur \(\mathbb{R}\).
La matrice \( A \) admet-elle une seule valeur propre ?
Démarche
Si la matrice \(A\in\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) admet une unique valeur propre \(\lambda\), il est en général très simple de savoir si \(A\) est diagonalisable.
En effet, \(A\) est diagonalisable si et seulement s’il existe une matrice \(P\) inversible et une matrice \(D\) diagonale telles que \[ A=PDP^{-1}. \]
De plus, dans ce cas, les coefficients diagonaux de \(D\) sont les valeurs propres de \(A\). Ainsi, si \(\lambda\) est la seule valeur propre de \(A\), on a nécessairement \[ D=\lambda I_n. \]
On en déduit alors \[ A=P(\lambda I_n)P^{-1}=\lambda I_n. \]
Par conséquent :
- si \(\lambda\) est la seule valeur propre de \(A\) et \(A=\lambda I_n\), alors \(A\) est diagonalisable,
- si \(\lambda\) est la seule valeur propre de \(A\) et \(A\neq \lambda I_n\), alors \(A\) n’est pas diagonalisable.
Erreur classique
Penser qu’une matrice ayant une seule valeur propre n’est pas diagonalisable.
Matrice diagonalisable n'ayant qu'une valeur propre
Si \(A\in\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) admet une seule valeur propre \(\lambda\), alors \(A\) est diagonalisable si et seulement si \[ A=\lambda I_n. \]
Remarque
Ce résultat n’est pas au programme : il doit donc être justifié (par exemple en partant de \(A=PDP^{-1}\) et en utilisant que les coefficients diagonaux de \(D\) sont les valeurs propres de \(A\)).
Exemple
On considère la matrice triangulaire \[ A=\begin{pmatrix} 1&1&1\\ 0&1&1\\ 0&0&1 \end{pmatrix}. \]
La matrice \(A\) est triangulaire et tous ses coefficients diagonaux sont égaux à \(1\).
La seule valeur propre de \(A\) est donc \(\lambda=1\).
Supposons que \(A\) soit diagonalisable. Il existe alors une matrice \(P\) inversible et une matrice \(D\) diagonale telles que \[ A=PDP^{-1}. \]
Les coefficients diagonaux de \(D\) sont les valeurs propres de \(A\). Comme \(1\) est l’unique valeur propre de \(A\), on a donc nécessairement \[ D=I_3 \]
puis \[ A=P I_3 P^{-1}=I_3 \] ce qui est impossible puisque \(A\neq I_3\).
Donc \(A\) n’est pas diagonalisable.
Peut-on montrer que la matrice est semblable à une matrice diagonale ?
Démarche
Pour montrer qu'une matrice \( A\) est diagonalisable, on peut montrer qu’elle est semblable à une matrice diagonale. Cela revient à exhiber explicitement une base de \(\mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R})\) formée de vecteurs propres de \( A\).
Pour cela, on procède en général comme suit :
- On commence par déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de la matrice \(A\),
- Ensuite on cherche une base de chacun des sous-espaces propres de \( A\),
- On prend alors la concaténation \( \mathcal{B} \) des bases des différents sous-espaces propres de \( A\) ; on sait que cette famille est libre donc, si elle contient \(n\) vecteurs, cette famille est une base de une base de \(\mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R})\).
- Dans cette base \( \mathcal{B} \), la matrice de l’endomorphisme \(X \mapsto AX\) est diagonale, donc la matrice \(A\) est semblable à une matrice diagonale, donc diagonalisable.
Familles libres et sous-espaces propres
La concaténation de bases de sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes forme une famille libre de \(\mathbb{R}^n\).
Exemple
On considère la matrice \[ A=\begin{pmatrix} 2&0&1\\ 0&2&1\\ 0&0&1 \end{pmatrix} \] Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de \(A\). La matrice \(A\) est-elle diagonalisable ?
- Notons tout d'abord que la matrice est triangulaire, donc ses valeurs propres sont ses coefficients diagonaux : \(2\) et \(1\)
-
Cherchons maintenant le sous-espace propre associé à \(1\). Pour tout \( X=\begin{pmatrix}{ x \\y \\z \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R}) \), on a :
\[ \begin{align*} (A-I_3)X=0 &\Longleftrightarrow \begin{pmatrix} 1&0&1\\ 0&1&1\\ 0&0&0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix}x\\y\\z\end{pmatrix}=0\\ &\Longleftrightarrow \begin{cases} x+z=0\\ y+z=0 \end{cases}\\ &\Longleftrightarrow \begin{cases} x=-z\\ y=-z \end{cases}\\ &\Longleftrightarrow X=\begin{pmatrix}-t\\-t\\t\end{pmatrix} \quad\text{avec }t\in\mathbb{R} \end{align*} \]
On en déduit que \[ E_1(A)=\mathrm{Vect}\!\left(\begin{pmatrix}-1\\-1\\1\end{pmatrix}\right) \]
-
Déterminons maintenant le sous-espace propre associé à \(2\). Pour tout \( X=\begin{pmatrix}{ x \\y \\z \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R}) \), on a :
\[ \begin{align*} (A-2I_3)X=0 &\Longleftrightarrow \begin{pmatrix} 0&0&1\\ 0&0&1\\ 0&0&-1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix}x\\y\\z\end{pmatrix}=0 \qquad L_2\leftarrow L_2-L_1,\; L_3\leftarrow L_3+L_1\\ &\Longleftrightarrow \begin{pmatrix} 0&0&1\\ 0&0&0\\ 0&0&0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix}x\\y\\z\end{pmatrix}=0\\ &\Longleftrightarrow z=0\\ &\Longleftrightarrow X=\begin{pmatrix}x\\y\\0\end{pmatrix} \quad\text{avec }(x,y)\in\mathbb{R}^2 \end{align*} \]
On en déduit que \[ E_2(A)=\left\{\begin{pmatrix}x\\y\\0\end{pmatrix}:(x,y)\in\mathbb{R}^2\right\} =\mathrm{Vect}\!\left(\begin{pmatrix}1\\0\\0\end{pmatrix},\begin{pmatrix}0\\1\\0\end{pmatrix}\right) \]
- La concaténation \[ \mathcal{B}=(X_1,X_2,X_3) \] d’une base \((X_1,X_2)\) de \(E_2(A)\) et d’une base \((X_3)\) de \(E_1(A)\) est une famille libre de \(\mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R})\). Or \(\mathcal{B}\) contient \(3\) vecteurs de \(\mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R})\), c’est donc une base de \(\mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R})\) formée de vecteurs propres de \(A\).
- On considère alors l’endomorphisme de \(\mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R})\) \[ f : X \longmapsto AX \] On a \[ f(X_1)=2X_1,\qquad f(X_2)=2X_2,\qquad f(X_3)=X_3 \] La matrice de \(f\) dans la base \(\mathcal{B}\) est donc \[ D=\begin{pmatrix} 2&0&0\\ 0&2&0\\ 0&0&1 \end{pmatrix} \] Ainsi, la matrice \(A\) est semblable à une matrice diagonale, donc \(A\) est diagonalisable
La matrice \( A \) possède-t-elle \( n \) valeurs propres distinctes ?
Démarche
Si l’on connaît les valeurs propres de \(A\), il est intéressant de commencer par les compter pour savoir si \(A\) est diagonalisable.
Si \(A\) appartient à \(\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) et possède \(n\) valeurs propres distinctes, alors \(A\) est diagonalisable.
Erreur classique
Penser que, si \( A \) n'a pas \(n\) valeurs propres, elle n'est pas diagonalisable.
La matrice \( A \) possède-t-elle \( n \) valeurs propres distinctes ?
Si \(A\) appartient à \(\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) et possède \(n\) valeurs propres distinctes, alors \(A\) est diagonalisable.
Dans ce cas, ses sous-espaces propres sont tous de dimension \(1\).
Exemple
On considère la matrice triangulaire \[ A=\begin{pmatrix} 1&2&-1\\ 0&-1&3\\ 0&0&2 \end{pmatrix}. \]
\( A \) est triangulaire donc ses valeurs propres sont ses coefficients diagonaux : \(1\), \(-1\) et \(2\).
Ainsi \(A\) est une matrice carrée d’ordre \(3\) admettant trois valeurs propres distinctes donc elle est diagonalisable.
Quelle est la somme des dimensions des sous-espaces propres de \( A \) ?
Démarche
Pour savoir si une matrice \( A\) de \( \mathcal{M}_n(\mathbb{R}} \) est diagonalisable, on peut comparer la somme des dimensions de ses sous-espaces propres à \(n\).
Si les valeurs propres de \(A\) sont \(\lambda_1,\dots,\lambda_r\), alors \( A \) est diagonalisable si et seulement si \[ \dim(E_{\lambda_1}(A))+\cdots+\dim(E_{\lambda_r}(A))=n \]
Erreur classique
Conclure trop tôt sans avoir réellement comparé la somme des dimensions à \(n\).
Critère de diagonalisation sur les dimensions
\(A\) est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut \(n\).
Exemple
On considère \[ A=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&1&1\\0&0&1\end{pmatrix}. \]
La matrice \(A\) est-elle diagonalisable ?
- \(A\) est triangulaire, donc ses valeurs propres sont ses coefficients diagonaux : \(0\) et \(1\).
- La première colonne de \(A\) est nulle et les deux dernières ne sont pas colinéaires, donc \(\mathrm{rg}(A)=2\). En conséquence du théorème du rang, \[ \dim(E_0(A))=3-\mathrm{rg}(A)=3-2=1. \]
- On a \[ A-I_3=\begin{pmatrix}-1&1&0\\0&0&1\\0&0&0\end{pmatrix}. \] Les deux premières colonnes de \(A-I_3\) sont proportionnelles et la troisième ne l’est pas, donc \(\mathrm{rg}(A-I_3)=2\). Ainsi \[ \dim(E_1(A))=3-\mathrm{rg}(A-I_3)=3-2=1. \]
On obtient donc \[ \dim(E_0(A))+\dim(E_1(A))=1+1=2\neq 3. \]
On en déduit que \(A\) n’est pas diagonalisable.